Un parc de bateaux en croissance
La Réunion comptait environ 1 200 bateaux de plaisance immatriculés début 2025, contre un peu moins de 1 000 en 2020. La croissance est régulière, portée par l'arrivée de métropolitains qui s'installent sur l'île et par des réunionnais qui se mettent à la navigation.
La flotte est dominée par les bateaux à moteur de 6 à 8 mètres, type pêche-promenade. Les voiliers représentent environ 20% du parc, principalement des croiseurs de 30 à 45 pieds. On voit aussi de plus en plus de catamarans — une tendance forte depuis 3 ans, avec l'arrivée de propriétaires qui achètent en métropole et convoient jusqu'à La Réunion.
Le problème des places
Avec 480 places au Port, 350 à Saint-Gilles et 300 à Saint-Pierre, l'île dispose d'environ 1 130 places de port. Rapporté aux 1 200 bateaux, on est quasiment à saturation. La liste d'attente au Port avoisine 18 mois pour un anneau de 10 mètres.
Conséquence : de plus en plus de bateaux mouillent en rade, notamment devant Saint-Gilles et Saint-Leu. La préfecture maritime a durci les conditions de mouillage forain en 2024, imposant une assurance responsabilité civile et un contrôle technique pour tout bateau mouillé plus de 72 heures.
Les nouvelles réglementations 2024-2025
Zone de mouillage organisée à Saint-Gilles
Depuis janvier 2025, le mouillage dans la baie de Saint-Gilles est réglementé par un arrêté préfectoral. Les places sont limitées à 40 bateaux, chaque mouillage devant être équipé d'un corps-mort agréé pour limiter les dégâts sur les fonds marins. Les ancres à poste sur herbier sont interdites — une mesure demandée de longue date par la réserve marine.
Contrôle des eaux de carénage
La DEAL (Direction de l'Environnement) a renforcé les contrôles sur les rejets des aires de carénage. Au Port, le système de récupération des eaux est aux normes depuis 2019. Mais pour les carénages « sauvages » sur la plage ou au mouillage — oui, ça existait encore — c'est désormais verbalisé systématiquement. L'amende peut monter à 1 500€.
Réserve marine étendue
La réserve naturelle marine a étendu ses zones de cœur en 2024. De nouvelles bouées de délimitation ont été installées entre Saint-Gilles et Saint-Leu. La navigation à moteur y est limitée à 5 nœuds et le mouillage interdit. Les plaisanciers doivent se tenir informés des nouvelles limites, les anciennes cartes marines ne sont plus à jour.
Tendances de la flotte
L'électrique arrive doucement
On commence à voir des annexes électriques au Port et à Saint-Gilles. Quelques propriétaires ont aussi installé des moteurs hybrides sur leurs voiliers de croisière. La recharge au port reste le frein principal : les bornes de quai ne sont pas dimensionnées pour ça. Mais les choses bougent — la capitainerie du Port a lancé une étude en 2025 pour installer des bornes de recharge dédiées sur le ponton visiteurs.
La location entre particuliers
Des plateformes comme Click&Boat et SamBoat sont de plus en plus utilisées à La Réunion. Certains propriétaires amortissent leur anneau en louant leur bateau le week-end. La réglementation est stricte (immatriculation commerciale, taxe de séjour) mais les contrôles étaient jusqu'ici rares. La gendarmerie maritime a commencé à vérifier les papiers de location dans le port de Saint-Gilles depuis l'été 2024.
Les projets d'infrastructure
Le projet d'extension de la zone technique du Port est le plus avancé. Un deuxième travel-lift et un agrandissement du terre-plein sont budgétés pour 2026-2027. Si le planning tient, ça doublera la capacité de carénage de l'île.
Côté port de plaisance, on parle d'une extension de 80 places au Port, dans la zone actuellement occupée par d'anciens quais de pêche. Le projet est au stade de l'enquête publique. Les pêcheurs professionnels ne sont pas ravis, les négociations sont en cours.
À Saint-Pierre, un projet de réaménagement du port mixte prévoit de séparer les zones pêche et plaisance. Un ponton flottant de 50 places est dans les cartons. Là aussi, horizon 2027 au mieux.
Et la suite ?
La plaisance réunionnaise est à un tournant. La demande augmente, les réglementations se durcissent, les infrastructures doivent suivre. Est-ce que La Réunion deviendra un spot de croisière reconnu dans l'océan Indien, ou est-ce que le manque de places va freiner le développement ? La réponse dépend en grande partie des investissements publics des 3 prochaines années.